Portrait de Jacques Lacan entouré de formules et de nombres, illustration du blog psychanalyse et intelligence artificielle

Revue de presse – septembre 2026

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Un article du blog Psychanalyse et intelligence artificielle, par Lionel Broye.

Ce premier numéro inaugure une revue de presse mensuelle consacrée aux publications qui, à travers le monde, croisent psychanalyse et intelligence artificielle. Sans prétendre à l’exhaustivité, elle relève ce qui s’écrit en français, anglais, espagnol, allemand et italien, articles académiques, prises de position, comptes rendus de congrès, pour suivre comment la discipline se saisit de cette question.

Perspectives lacaniennes

Le débat le plus vif du mois oppose Slavoj Žižek à Işık Barış Fidaner. Dans une conférence donnée à Munich et publiée sur Substack en mai 2026, « Pourquoi l’intelligence artificielle n’est pas un sujet », Žižek soutient qu’une IA, aussi performante soit-elle, reste structurellement incapable d’occuper la place du sujet au sens lacanien — elle simule le désir sans en porter le manque constitutif. Fidaner lui répond le 30 mai sur zizekanalysis.com, contestant les termes de cette exclusion et rouvrant la question de ce que « sujet » veut dire une fois la machine dans la boucle.

Dans un tout autre registre, Yuhong Wang propose une lecture lacanienne de l’hallucination des grands modèles de langage (« A Lacanian Interpretation of AI Hallucination », AI & Future Society, octobre 2025) : l’hallucination y est envisagée non comme un simple défaut technique, mais comme l’effet d’un rapport au langage sans réel pour l’arrêter.

Clinique

Côté français, Thomas Rabeyron (université Lyon 2) interroge frontalement la possibilité d’un « psychanalyste.IA » dans Frontiers in Psychiatry (avril 2025) : peut-on déléguer à une machine ce qui, dans la cure, tient à la présence d’un corps et à l’engagement d’un désir ? Sa réponse reste prudente, mais la question est posée avec sérieux plutôt qu’écartée d’emblée.

Du côté américain, deux textes se répondent presque : Tamar Schwartz, « Quand votre autre thérapeute est un chatbot » (American Psychoanalyst, 30 mai 2026), et Stephanie Newman avec Lucas McGranahan, « Mon thérapeute me frustre. Mon chatbot, non. » (American Psychoanalyst, 2 juillet 2026) — un titre qui résume à lui seul l’attrait, pour certains patients, d’un interlocuteur qui ne résiste jamais.

En Grande-Bretagne, Agnieszka Piotrowska publie chez Routledge AI Intimacy and Psychoanalysis (mai 2026), un ouvrage consacré aux formes d’attachement qui se nouent avec les IA conversationnelles. En Allemagne, Sophie Schönhart examine les applications de l’IA comme outil de soutien en psychothérapie (Zeitschrift für freie psychoanalytische Forschung und Individualpsychologie, juin 2025) — une entrée plus technique, du côté de la pratique quotidienne du soin.

Enfin, Chiara Rossi situe le débat sur un plan plus théorique avec « Between the artefact and the artificial » (Psychoanalysis, Culture & Society, avril 2026), qui interroge le statut même de l’objet technique pour la clinique analytique.

Profession et institutions

En Uruguay, l’Association Psychanalytique de l’Uruguay (APU) a consacré une part de son congrès de Montevideo (27-29 août 2026), « Psychanalyser aujourd’hui : l’intime, l’inquiétant et le virtuel », à l’inquiétante étrangeté telle qu’elle se rejoue avec l’IA — une séance scientifique spécifique lui a même été dédiée le 14 août.

En France, deux psychologues cliniciens ont pris position ce mois-ci : Yann Leroux, dont l’article « L’IA comme soutien à la pratique du psychologue » (Journal des Psychologues, janvier 2026) continue de circuler, et Jean-Louis Sous, avec « I.A et psychanalyse » (ipop.info, décembre 2025, mis à jour en mai 2026) — une réflexion sur ce que l’arrivée de l’IA change, ou non, à la pratique analytique elle-même.

Grand public

Deux textes s’adressent à un public plus large, sans engager directement la psychanalyse mais utiles pour prendre le pouls du débat ambiant. iaproductive.fr publie « IA et santé mentale en 2026 », un tour d’horizon généraliste. En Italie, Claudia Perdighe et Ivan Pavesi signent « Intelligenza artificiale : tra etica e psicoterapia » (Cognitivismo.com, 27 avril 2026) — un regard issu de la psychothérapie cognitive, intéressant précisément parce qu’il pose la question depuis un autre cadre théorique que le nôtre.

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